Histoire des hortillonnages et des hortillons (de -54 à +2018)

Les hortillonnages : Nos recherches, trame didactique historique et base de travail de l’association, et hypothèse émise par Richard Rambaud, en son nom propre.

AVERTISSEMENT. PRÉAMBULE.

Quand je suis arrivé sur Amiens il y a 15 ans , je me suis étonné des hésitations qu’avaient  les principaux acteurs quand il s’agissait de parler de l’origine des hortillonnages et du nombre de légendes qui pour le moins encombraient le discours, dont leur création par Jules César ou encore la cathédrale construite sur un terrain donné par des hortillons…

Je me suis donc intéressé au sujet, ma formation d’ingénieur m’inclinant à penser  que ce sont toujours des découvertes ou modifications technologiques ou environnementales qui entraînent l’homme à faire de tels travaux colossaux, car,  oui,  ce site n’est pas naturel mais à été créé par l’homme.

Ingénieur de métier mais historien de passion, j’ai donc entamé des recherches qui m’ont amenées à écrire cette étude qui est exacte a 90 % sur les faits et qui comporte pour 10% ce qu’on appelle une hypothèse, le cœur du sujet à savoir la date de création des hortillonnages.

Mon écrit permet aussi un aperçu condensé de l’histoire d’Amiens, qui est extrêmement riche tant elle s’est impliquée pour rester fidèle au royaume de France en tant que précieuse frontière Nord jusque 1659. Partir du rappel historique pour parler des hortillonnages et des hortillons est indispensable, sauf à avoir du mal à en comprendre l’évolution. Nous garderons donc cette trame de base pour y ajouter les informations sur les hortillonnages et les hortillons au fur et à mesure que nous en aurons de nouvelles.

J’attends évidemment avec plaisir intellectuel, au sujet de la cause et de la date de création,  les contestations éventuelles car l’histoire a besoin de confrontations.

En attendant, mon hypothèse est plausible et probable aussi je me permets de la publier.

Et en plus les hortillonnages sont ludiques,   car l’association permet le mariage entre histoire et distraction…

Bonne lecture, j’espère pas trop ardue, et en l’attente de commentaires éventuels,

Richard Rambaud, auteur,

Dernière mise à jour le 21/01/2018

DÉVELOPPEMENT

Le but de cette étude est de comprendre et d’aider à comprendre ce qui a pu amener l’homme à créer les hortillonnages, à quelle époque et en mesurer l’évolution à travers les siècles

Pour ce faire, nous consultons bien entendu la bibliographie traitant du sujet, dont certaines très documentées, allons chercher directement dans les archives les éléments écrits disponibles, et étendons à leur périphérie les études afin d’étayer les raisonnements (Villes Amiens, Corbie, Picquigny, Long).  Nous nous informons auprès des sachants actuels.

Nous allons relier l’histoire des hortillonnages à celle de la Somme et d’Amiens en général pour mieux la cerner. En particulier, la culture de la waide qui a entrainé une florissante « économie sur l’eau » au 13ème siècle et qui devrait nous apporter un éclairage particulier du fait de son importance dans le développement économique et démographique d’Amiens et qui a nécessairement impacté les hortillonnages.

Les hortillonnages dans la définition commune = terres cultivables gagnées par l’asséchement du marais.

Mais on trouve ailleurs de nombreux marais rendus cultivables par la main de l’homme (Marais de St Omer, de Bourges, Poitevin).
Aussi est-il nécessaire de bien préciser ce que nous définissons quand nous voulons parler des hortillonnages (d’Amiens).
Au titre de la recherche, nous avons engagé aussi de comparer les autres sites suscités afin d’en délimiter les points communs et les différences.

Ci-dessous les hortillonnages tels qu’on les visite aujourd’hui : 

Origine du nom

Hortus est un mot latin (puis gallo-romain) qui signifie jardin, enclos, enceinte. Il désigne donc toute sorte de jardin, en particulier potager.  « Hortillus »   est un diminutif que l’on peut donc traduire par « petit jardin potager ». Pris littéralement, il a donc toujours existé des « Hortillus », à partir du moment où la langue latine s’est imposée à la langue des gaulois.
Il n’est donc pas faux de dire que Jules César, lorsqu’il a passé 6 mois a Samarobriva entre -54 et – 53, y a vu des « Hortillus » …mais il n’a vu que des « petits jardins potagers », dont tout naturellement beaucoup devaient se concentrer au bord de Somme, car cette implantation est logique : c’était si facile d’y trouver l’eau, et à proximité immédiate du centre-ville, non clos encore de remparts.
En aucun cas, il n’a vu les ou participé à la création des « hortillonnages » actuels, qui ont été creusés à une époque plus récente, a cause d’une nécessité impérieuse dont on parlera.
Ce qui est certain, c’est que les romains ont apporté leur nom spécifique aux hortillonnages et seulement ce nom.
Il n’y avait pas à cette époque d’hortillonnages tels que nous les voyons aujourd’hui.
Il est donc nécessaire à ce stade de définir ce que sont « les hortillonnages », par la définition précise du mot et leurs caractéristiques principales.

Définition du mot hortillonnages

D’après Larousse : « en Picardie, marais entrecoupé de petits canaux, qu’on exploite pour la culture des légumes et des fruits »

D’après Wikipédia : « Espace de 300 ha d’anciens marais situé dans un quartier d’Amiens comblé (probablement à l’époque romaine) pour créer des champs utilisables pour la culture maraichère »

Si la définition de Larousse est correcte mais trop courte, celle de Wikipédia colporte déjà une légende et mélange les époques.

Caractéristiques des hortillonnages

Les caractéristiques essentielles sont les suivantes et seront cohérentes quand on emploiera le nom :

1/ Nom de provenance latine puis gallo-romaine, spécifique à Amiens. Quand on dit hortillonnages, c’est à Amiens et seulement. Première spécificité. Il serait donc inutile de dire hortillonnages « d’Amiens ».Creusé et façonné par l’homme (mais ce qui est le cas de plusieurs asséchements de Marai). Ce n’est donc pas une spécificité mais une caractéristique.

2/ Les Rieux sont des fossés rendus navigables, les fossés servent à assécher entre 2 parcelles. Ailleurs, beaucoup de marais asséchés étaient aussi accessibles par voies terrestres, et on ne naviguait pas forcément sur les ruisseaux creusés (rieux dans les hortillonnages). Ceci est la deuxième spécificité : on a rendu ces rieux navigables pour une raison qui concourra à dater leur création (accessibilité en barques et seulement)

3/ Ils sont en amont de la ville d’Amiens, en bord de Somme et de L’Avre, là où préexistait auparavant des « Hortillus » accessibles à l’époque par terre. C’est une troisième spécificité qui nous servira à la datation et à en comprendre le fonctionnement. On se servait du courant pour naviguer, avec des barques qui n’auraient pas pu, une fois chargées, remonter le courant.

4/ Par les rieux, on rejoignait la Somme puis le pont du Cange qui était l’entrée naturelle dans Amiens fortifiée. On entrait donc dans les remparts via la Somme et non une porte. C’est une quatrième spécificité qui explique son développement naturel. Amiens était très difficilement accessible par son petit nombre de portes, au trafic intense.

On peut donc se risquer à donner une définition aux « hortillonnages », plus complète que celles existantes :

Nom de provenance latine puis gallo-romaine, spécifique à Amiens, que portent des marais rendus cultivables par le creusement par l’homme de « rieux » (canaux navigables) et de « fossés » (canaux d’asséchement), délimitant des « aires », probablement à partir du début du 12eme siècle. situés en amont de la Ville d’Amiens. Utilisés essentiellement pour des cultures maraichères, ils n’étaient jusque 1827 (date inauguration de la sommes canalisée) uniquement accessibles en barques à fond plat.  Ils connurent une apogée du moyen âge jusqu’à à la Renaissance du fait de la richesse de leur terre et de leur situation favorable en amont d’Amiens ce qui permettait un transport facile des produits jusqu’au centre-ville via la Somme sans passer par les portes des remparts toujours très encombrées. Leur déclin en tant que maraichage va venir de l’arrivée du chemin de fer, le développement des routes, la destruction des remparts en 1830 et enfin les camions-frigo : les produits extérieurs concurrencent la production locale. Petit à petit, l’exploitation des parcelles accessibles en barques devient moins rentable, et la production restante ce concentre en périphérie accessible par routes. La majorité des parcelles se transforme en jardins d’agréments.

Ci-dessous le pont du Cange au 15eme siècle, la « trouée dans les remparts » est la seule voie pour le transport des produits jusqu’au centre ville (Dessins des frères DUTHOIT, bibliothèque municipale d’Amiens)

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Actuellement, il reste 300 ha d’hortillonnages dont 30 ha seulement exploités en culture maraichère, (la majorité des parcelles situées en périphérie du fait de la mécanisation), 65 km de Rieux et fossés. Ces chiffres étaient 5 fois plus important à leur âge d’or (1500 ha)

Ceci étant dit, nous allons donc tenter de trouver comment, quand, par qui et pourquoi les hortillonnages tels qu’il nous en reste de si beaux vestiges ont été creusés. Pour cela, il est nécessaire de recentrer les hortillonnages dans leur contexte historique plus général.

C’est pourquoi nous ferons cet historique sous forme de tableau chronologique, non pour donner un cours d’histoire ce dont nous nous garderons bien, mais pour en faire ressortir ce qui peut avoir influencé les hortillonnages, leur formation, leur apogée, leur déclin.

Nous retiendrons 4 époques fortes :

1/ Le haut moyen âge, la somme est naturelle, les hortillonnages n’existent pas mais les « Hortillus » oui, car ce terme recouvre tous les « petits jardins potagers » en latin.

2/ Le moyen âge, époque (probable 12éme ) attestée 13ème de creusement des hortillonnages et de leur développement. La somme est aménagée par l’homme. La commune en tant que mode d’organisation sociologique se développe. C’est l’âge d’or des hortillonnages dont le succès ne se démentira pas jusque l’époque suivante.

3/ L’époque moderne de 1827 à 1914. La somme est canalisée. Le train arrive. Les hortillons sont peu à peu concurrencés par les importations extérieures mais résistent.

4/ L’époque contemporaine 1918-2018. Le déclin. Les hortillonnages ne se remettront pas de la saignée de la guerre, du développement du rail, des transports frigorifiques, de la mécanisation qui favorise la culture sur leur périphérie du fait de la difficulté de manipulation des motoculteurs sur les barques. Ils se transforment peu à peu en jardins d’agréments.

Pour bien lire la suite de ce document :
En rouge les titres, en noir les faits géneraux, en noir gras les faits au sujet des hortillonnages ou des hortillons, , en bleu mon hypothèse sur leur création. 

Dates fondamentales pour situer et comprendre
L’histoire de Samarobriva-Ambianorum-Amiens à travers les siècles qui peuvent servir à mieux comprendre les hortillonnages et leur environnement.

Avant l’an 1000, le haut moyen âge
La Somme est « naturelle »

-54 à – 53

Jules césar campe a Samarobriva 6 mois d’hiver
Samarobriva = Ancien nom gaulois d’Amiens
Le mot d’Hortillus est employé par les romains dans leur langue pour désigner des petits jardins maraichers.

1ere siècle

Développement important de Samobriva qui compte jusque 15000 habitants, nombre très important pour l’époque, grâce au carrefour commercial qu’elle représente et aux routes romaines essentielles la traversant desservant la « gaule belge ». Sans aucun doute donc, il y avait déjà des « Hortillus-petits jardins potager » pour nourrir cette population. Mais pas remplissant les caractéristiques des hortillonnages que nous connaissons et définies plus haut. Samarobriva est déjà une ville frontière, notion mal connue qui aura une très grande importance dans son développement via le commerce.

260, 3eme siècle 

Chute de la population du fait des raids germains, elle ne comptera plus que 3000 habitants en 275. La population s’égaye dans les « villae » campagnardes ou elle est moins exposée. Début de la christianisation (Saint Firmin pour Amiens) . C’est l’époque des grands martyrs dont les noms sont parvenus jusqu’à nous : Saint Firmin bien sur mais aussi saint Fuscien et Saint Acheul…

290/300, 3eme siècle

On érige les premiers remparts pour se protéger. Amiens prend le nom d’Ambianorum, ville des Ambiens, la peuplade gallo-romaine qui y vit. L’église va partager désormais le pouvoir spirituel et le temporel voir le mélanger à certains moments. Elle s’arroge la propriété des cours d’eau traversant Amiens donc la somme, l’Avre et tous les ruisseaux.

4eme siècle

Ambianorum devient une ville de garnisons, frontière de l’empire Romain contre les invasions des barbares (Alamans, francs, teutons). Un légionnaire romain, qui deviendra Saint Martin, découpe son manteau devant un des portes de la ville pour la donner à un pauvre, en 337.

Vu les besoins de garnison, il est probable que les « Hortillus » soit des jardins potagers se développent partout et bien sûr en amont d’Amiens, mais aussi en aval. Mais ils sont accessibles par la terre et ne sont donc pas encore des hortillonnages au sens précité.

5eme siècle

Les barbares, du moins une de leur composante, ont gagné plus ou moins pacifiquement contre Rome. Et s’installent en gaule Romaine. Clovis devient le premier roi des Francs « français » en 481. Son royaume est en fait surtout centré sur notre Picardie, la Champagne et le Nord France actuelle. Il s’étendra sur toute la France avec sa lignée mérovingienne au fur et à mesure de l’écroulement de l’empire romain. L’église devient de plus en plus importante. La cité est administrée de façon conjointe entre Elle et le « Comes », délégué du roi, ancêtre des comtes. Il n’y pas pas d’archives sur cette époque obscure, et la lignée des « Comes » et évêques est pour beaucoup légendaire. Bien entendu, aucune trace des hortillonnages…

800

Charlemagne est élu empereur des francs et des romains. Il fonde la dynastie carolingienne. Il est empereur de France et d’Allemagne, créateur du Saint empire romain germanique couvrant une grande partie de l’Europe actuelle. Peu d’informations sur l’évolution d’Amiens à cette époque sinon que les « Comes », qui détiennent leur pouvoir du roi et non héréditaire, partagent toujours la réalité de l’administration avec les évêques.

843

L’empire de Charlemagne est découpé entre des trois fils en trois entités impériales taillées grosso modo par des méridiennes. Charles le chauve, petit-fils de Charlemagne a la méridienne Ouest. Il est le premier roi de France par division de l’empire de son grand père avec ses 2 frères. Amiens lui appartient et il y viendra. Mais Lothaire son frère hérite de la partie « du milieu », la Lotharingie, qui englobe une partie de la Picardie actuelle et tout l’Artois. Amiens redevient une ville frontière car son Nord, ex Lotharingie, passera tour à tour aux « bourguignons » pendant la guerre de 100 ans, puis aux « espagnols » de Flandres devenus espagnols par empereur commun. Entre temps, Amiens subira comme toutes les villes desservies par un fleuve navigable (même mal) les raids vikings qui va créer de fait la société féodale du moyen Age, transformant les Comes nommés par le roi en comtes héréditaires.

9eme au 10eme siècle

Les vikings envahissent à plusieurs reprises Amiens via la somme. Ils iront jusque Corbie. Pas au dessus car la Somme n’y est plus navigable. La conséquence principale de l’invasion des vikings est le début de l’organisation féodale anti-raids de ces derniers roi/ducs/comtes/vassaux basée sur la protection du peuple par un seigneur qui construit un château pour protéger le peuple de leurs incursions annuelles. La société féodale est née de ces invasions et son influence sera durable. Un seigneur qui prend le nom « d’Amiens » s’est imposé parmi ses pairs,  mais sera supplanté par le seigneur Dreux de Boves au fur et à mesure des générations et des guerres familiales.

Après l’an 1000
La Somme bénéficie de ses premiers aménagements humains, Amiens, son organisation en commune et ses métiers se développent consécutivement aux améliorations techniques..

1095, 11eme siècle

Ebauche d’une organisation municipale qui rencontre l’hostilité du comte Enguerand Dreux de Boves, qui avait Amiens en pleine propriété et n’entend pas être dépossédé. Cette organisation dans l’air du temps aboutira à la création de la commune d’Amiens.

1113, 12eme siècle

La commune d’Amiens est instaurée, malgré l’hostilité du comte Enguerand, grâce à l’appui du roi de France Louis 6 le gros qui veut diminuer l’influence des seigneurs. C’est le roi lui même qui va mener la lutte armée contre le comte.

Ci-dessous ruines du château de Boves seigneur D’Amiens tel que  l’ont dessiné les frères DUTHOIT vers 1850 (crédit bibliothèque municipale d’Amiens)

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1117, 12éme siècle

Après la prise du Castillon tenu pendant 2 ans par le comte et ses partisans, la commune naissante décide le début de la construction du Beffroi qui est traditionnellement l’emblème dans toute la France du Nord de la force des communes et des bourgeois par rapport à Eglise (Cathédrale) et Seigneur (Château). Une importante révolution sociologique est en marche. À noter que cette organisation en commune est appuyée par l’évêché qui y voit un moyen d’affirmer son pouvoir temporel en marge du comte.

Ci-dessous le beffroi actuel, sur l’emplacement du Castillon, qui a été reconstruit plusieurs fois et qui a adopté sur la base initiale son allure générale en 1406

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Le beffroi actuel

1150 environ, Milieu 12éme siècle

12 premiers moulins sont construits sur la Somme-Avre, dont les ancêtres du passe-avant et passe-arrière situés Rue St Leu. Ces moulins comme l’eau qui les traverse appartiennent à l’église.

En fait on trouve des traces de construction du premier moulin en 1090 (Comte de Ponthieu, qui est évêque ) mais il semble que les autres soient postérieurs et que la Somme (fleuve) soit hérissée de moulin seulement à partir du milieu du siècle (1150). De propriété ecclésiastique,  leur exploitation est confiée à des artisans comme les meuniers moyennant fermage ou métayage. 

Ci-dessus Amiens vers 1130, essai de restitution de la topographie urbaine, Charles Desdombes (1700)

1182-1185, 12ème siècle

A la suite d’une succession houleuse du comte de Boves, le comte de Flandres revendique le comté d’Amiens-Boves. Ce que le roi de France, Philippe Auguste, ne peut accepter. Une guerre s’ensuit qui, après 3 ans, donne un traité qui permet au comté d’Amiens -Boves d’être rattaché directement au royaume. La ville D’Amiens prend de plus en plus d’importance pour le roi, qui s’y marie en 1193, donne des avantages considérables à la commune et aux échevins (représentants de la commune) de façon a s’en faire une alliée sûre (La commune lui fournira des troupes en 1214 qui contribueront à la victoire de Bouvines qui pour beaucoup est la véritable pierre de départ de la « nation française »). Philippe Auguste -comte et roi- développe et encourage les conditions de l’émergence des métiers  et des corporations. Il fait édifier comme à Paris une « enceinte de Philippe Auguste » afin de la protéger de ses voisins du Nord, en particulier le comte de Flandres. La ville est très bien fortifiée et l’économie peut s’y développer en paix.

Tout au long du 12eme siècle et début 13eme

Grosse expansion économique de la ville, grâce au développement de l’agriculture permise par la production d’outillages en fer, de l’invention du collier pour les chevaux, des premières industries textiles.

C’est la maturité  effective de la commune avec l’organisation métiers, bourgeois, église, encouragé par le comte-roi. Le seigneur en est exclu (Famille Dreux de Boves) , son influence est désormais limitée à la campagne et à son fief au début du siècle, avant que le roi ne le remplace en gestion directe du comté (Voir plus haut) et encourage les corporations comme essentielles dans la gestion de la cité .

Les premiers moulins sur l’Avre-Somme comme on en a parlé sont construits à Amiens, sur tous les rieux de la « queue de vache », donc il y a des barrages, créant vu la faible pente une retenue d’eau importante en amont (un bief).

La construction de ces moulins et des chaussées barrages sur les rieux qui n’en comportaient pas a nécessairement eu une influence sur le cours naturel de la Somme tel qu’il était jusque la. 

Il se créé une montée des eaux, un véritable « lac artificiel » en amont d’Amiens (comme il s’en dessine partout d’ailleurs dans les mêmes conditions). Ce lac est en partie souterrain du fait des caractéristiques du fleuve Somme (Voir annexe) , car les eaux remontent par le dessous imbibant de façon spongieuse le sol des marais préexistants. 

Ce lac dessine « naturellement » des surfaces hors d’eau « aires » et des ruisseaux « rieux » qu’il n’y avait plus qu’a surélever pour faire des terres cultivables, et à creuser pour en faire des axes de transport pour rejoindre Amiens via Somme (Voir annexe sur le sujet).

Les ex « Hortillus » les plus aux abords, accessibles par terre, ont été noyés par l’augmentation de ce niveau d’eau ou leur sol imbibé d’eau. 

Il était important de reconquérir les terres perdues et tentant d’en gagner de nouvelles, en se créant en plus un réseau de voies navigables car Amiens était plus facilement accessible par la Somme.

Inévitablement, l’homme a du composer avec cette montée importante du niveau d’eau et s’adapter en faisant des travaux importants.

La preuve de la formation de ce « lac » est apportée par l’examen des courbes de niveaux d’Amiens et sa périphérie (voir ci-dessous). L’imagerie est aussi riche de représentations de ce phénomène (Voir document en-tête).

Favorisé par le développement de la commune, des métiers et corporations, qui encourageaient la libre entreprise et la prise d’initiatives, c’est donc probablement à cette époque (Milieu 12ème) par la création de ce lac consécutivement aux barrages des moulins et les aménagements nécessaires consécutifs que sont nés les premiers hortillonnages actuels , bien , que l’on en ait pas de trace prouvée (les premières preuves datent du 13eme par des actes d’échange d’aires).

Il s’agit donc d’une hypothèse mais étayée par un faisceau d’indices concordants.

Les hortillonnages ont été creusés surement à l’initiative de l’église. C’est bien elle qui possédait les cours d’eau et donc probablement ses abords (Mais cette affirmation reste à prouver, en cours de recherche).

Nous avons donc répondu aux 2 questions fondamentales :

1/ Quand la création ? Tout le 12ème et début du 13eme.

2/ Par qui ?  A priori l’église directement qui les a donnés en métayage ou fermage (mais cette probabilité reste à ce stade à démontrer) à ceux qui deviendront les hortillons. 

La technique ayant été mise au point, les hortillonnages se développeront ensuite en fonction de l’évolution économique et démographique de la ville, particulièrement au 13eme ou du fait du « boum » de la waide celle-ci atteindra jusque 20000 habitants (ce qui fait énormément de bouches à nourrir pour l’époque, et concentrées sur un petit espace).

La waide se développera de son côté  par le fait fortuit que la couleur bleue, jusque-là réservée aux paysans, devient à la mode grâce au développement du culte de la Vierge Marie qui est associée à cette couleur.

13eme siècle

Louis 9 dit Saint Louis décide de faire de cette couleur bleu l’emblème du royaume de France. Le bleu devient la couleur des seigneurs, c’est le début de l’âge d’or du bleu, de la waide et des waidiers, dont les abords de la Somme fleuve et particulièrement Amiens et le Santerre assurent la quasi-totalité de la production.

Nécessaire à son transport facile car très volumineuse, la Somme particulièrement entre Corbie et Amiens pour la waide et entre Amiens et Abbeville pour la boule de teinture devient la route commerciale de cette activité qui se vend jusqu’en Angleterre et en Flandre. La waide est broyée dans les moulins construits sur la Somme et sur l’ancre. On l’appelle aussi pastel des teinturiers. D’après les spécialistes, elle se plait dans des terres pas trop humides.

Très probablement donc, la waide étant un véritable eldorado, les terres périphériques hors d’eau de la somme ont été spécialisées pour la waide, les hortillonnages augmentant d’autant leur production de cultures maraichère traditionnelles et connaissant donc une expansion maximale.

ll n’est pas possible de savoir en l’état actuel des recherches si waidiers et hortillons ont pu être le même métier sur des terres différentes ou ont toujours été 2 métiers séparés (Les 2 sont en effet agriculteurs voire marchands).

Il est cependant sûr que l’expansion et le gain de terre cultivable font que l’on a intérêt à augmenter la taille des hortillonnages à cette époque et que la Somme était un axe déterminant de communication et de transport.

On trouve dans les archives des traces de navigation importante sur la Somme entre Corbie et Amiens d’une part et entre Amiens et Abbeville d’autre part. La navigation en aval d’Amiens était facile du fait de l’apport d’eau à la Somme de L’Avre et de la Selles. En Amont, il semble que la navigabilité ait demandé des aménagements humains (Les barrages d’Amiens, mais aussi probablement une ou deux chaussée barrage entre Corbie et Amiens).

Les échanges ou ventes d’«aires » au 13eme retrouvés dans les archives prouvent leur préexistence et tendraient à démontrer le développement des hortillonnages, ainsi que l’expansion des métiers périphériques.

Parmi les métiers, on compte donc les les waidiers, les teinturiers, et tous les métiers annexes y compris de transport (Charretiers, bateliers…) qui sont les pistes annexes creusées pour améliorer la finesse de la date de leur création.

Par contre pas de trace des hortillons en tant que corporation à cette époque et notre développement suivant prouvera qu’il n’y a jamais eu de bannière « hortillon ».

1220-1288

Construction pendant ce siècle prospère de la cathédrale d’Amiens, architecte Robert de Luzarches. Elle est financée en grande partie par les confréries florissantes des waidiers et des drapiers. Les pierres proviennent de Picquigny par la Somme. Ceci confirme le commerce sur l’eau de la Somme dans le sens de la remontée du courant, ce qui implique des aménagements (Chemin de Halage, avant celui du canal)

1337-1453 14eme/15eme siècle.

Guerre de cent ans opposant les rois de France à ceux d’Angleterre, en fait cousins car les Valois français et Plantagenet anglais étaient en fait français et cousins. La waide connaît des difficultés du fait de ces guerres. Le roi d’Angleterre contournera le problème d’approvisionnement en bleu d’Amiens par l’exportation de sa culture dans un fief lui appartenant, l’aquitaine. La waide continue cependant à faire les beaux jours des waidiers pour l’Europe continentale du Nord en particulier.

Pendant ces temps troubles, autour de 1420 et pendant une quarantaine d’années, Amiens passe  aux mains des anglo-bourguignons puis des bourguignons  et devient une ville frontière « dans l’autre sens » avec le royaume de France. C’est sous Louis 11 en 1463 qu’ Amiens reviendra à nouveau à  la couronne (rachat au duc de Bourgogne).

Après un nouvel épisode où le nouveau  duc de Bourgogne Charles le téméraire l’assiege en vain en 1471 (elle y subira son premier bombardement)  , la ville sera définitivement rattachée au royaume de France et Louis 11 la visitera cette année la. L’a t’il appelé « Petite Venise du Nord »comme on le dit et emploie encore. ? En tout cas, elle retrouve son rôle de ville frontière « dans le bon sens » et la prospérité. Louis 11 fut un grand roi  pour Amiens.

Ses 2 successeurs  Charles 8 puis Louis 12 ne seront pas de reste et grâce à la sayeterie importée d’Arras elle connaîtra une expansion industrielle de grande ampleur en cette fin de 15eme siècle remplaçant la Waide dans son importance économique.

16eme siècle

Décidément, Amiens à du succès… Et suscite l’intérêt de nos rois. François premier successeurs de Louis 12 y séjourne en 1517 (oui 2 ans après Marignan…) pour s’enquérir de nos défenses dans le futur conflit contre Charles Quint, qui est à nos portes.. Via le comte de Flandre. A nouveau Amiens va connaître des guerres très proches,  jusque Doullens,  mais ne sera pas attaquée. Le traité de 1529 met un terme aux conflits et confirme Amiens et la Somme comme frontière entre la France et l’Artois-Flandre qui sont… germano-espagnols désormais.

L’abondance de architectes italiens pour remettre à niveau nos remparts  tout au long de ces années, car ils sont reconnus en la matière, va porter l’un d’eux à s’occuper de nous faire le premier vrai plan des hortillonnages !

1542, 16eme siècle (sous le règne de François 1er) 

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Premier plan connu des hortillonnages, datant de 1542 (crédit archives départementales Somme) le seul qui confirme leur préexistence à cette époque, œuvre d’un artiste italien en fait architecte d’Amiens. Ce plan est conservé aux archives départementales.

On y relève visuellement l’importance de « l’économie sur l’eau » car les parcelles n’étaient accessibles qu’en barques.

On voit très bien les iles, les parcelles, les rieux, les cours de la Somme, le pont du cange en fait la seule porte d’entrée dans la ville fortifiée par l’est, le port du Don et les différents rieux dans la ville alimentant les moulins du Passe-avant et du passe arrière entre-autres.

Tous les rieux de la « queue de vache » avaient leur moulin ou leur chaussée barrage. La différence de niveau entre le bief amont et aval était de 2 à 3m (d’où le « lac » artificiel dessiné par l’artiste)

Attardons-nous sur l’analyse de ce plan il est fondamental (Voir annexe sur le sujet). Il justifie à lui seul de la formation des hortillonnages.

Rappel : Amiens est toujours une ville frontière à cette époque et l’auteur parle clairement de « Rive de France » et « Rive d’Artois-espagnole » dans son commentaire d’accompagnement.

16eme siècle, 2eme partie.

La waide dont le pigment tinctorial était l’indigo le plus pur, est supplantée par l’indigo issue de l’indigotier, cultivée en Amérique, moins noble mais moins cher et de meilleur rendement. La culture de la Waide connait un déclin important. Ce déclin atteint « l’économie sur l’eau » de la Somme et l’économie d’Amiens, mais heureusement la sayeterie venue d’Arras compense.

La 2eme partie du 16eme siècle est une mauvaise époque pour Amiens qui souffre des guerres de religion et surtout des luttes de factions soutenues par les uns et les autres. Amiens soutient la ligue catholique avant de se ranger enfin derrière Henry 4 mais tardivement. C’est une époque où Amiens se renferme sur elle-même tant ses abords sont incertains. Cette période d’économie en vase clos à été favorable à l’activité des hortillonnages car on ne pouvait s’approvisionner qu’à proximité immédiate du centre ville. L’extraction de la tourbe prend son envol car on ne peut plus aller chercher de bois alentours.

Il est nécessaire à ce stade de faire un point sur cette tourbe car son extraction a façonné le paysage actuel des hortillonnages car 2 fonctions seront désormais liées sur ce site : maraîchers et tourbiers.

1547 16eme siècle ( sous le règne de Henri 2) 

La tourbe, déjà exploitée surtout en aval d’Amiens jusque-là, est extraite et est à l’origine du creusement des étangs du gouverneur, de Rivery, de Saint Pierre et de l’étang de Clermont.

Cela donnera un changement important dans la physionomie des hortillonnages, et surement date un premier recul de l’apogée des cultures maraichères comme unique or de ces lieux.

Elle a donc façonné ce qu’on voit des hortillonnages actuels, mais en aucun cas ne les a créées, car les premières extractions sont postérieures au plan cité plus haut (Voir ci-dessous).

Ci-dessous un tourbier actionnant sont « grand louchet »

Aparté : Note sur la tourbe extraite du 14eme au 19eme siècle :

L’Extraction de la tourbe dans le lit de la Somme débute en 1313 aux alentours d’Abbeville. Elle n’est attestée à Amiens par une concession faubourg de Ham qu’en 1547. Cette extraction se développe progressivement pour atteindre une apogée au 18eme siècle. Cette apogée est permise car d’abord la forêt à proximité se raréfie et ensuite le chauffage fait par des poêles brulent mieux la tourbe que les cheminées. Elle fait cependant des saignées dans les paysages au détriment de terres cultivables. Son extraction était en fait donc en conflit avec les nécessaires gains de terres cultivables à l’âge d’or des hortillonnages. Ceci me fait dire que de l’extraction de la tourbe à Amiens  date un premier déclin des hortillonnages dans leur fonction unique maraichère.

L’extraction de la tourbe intensive aux 18eme et 19eme a modifié les hortillonnages en y créant de grands étangs paysage typique de la somme actuelle.

Fin de l’aparté

1597

C’en est fini des guerres de réligions, mais pas de la gerre tout court. En toute fin du siècle, Amiens va être prise par ruse par les espagnols du comte de Flandre et subit un pillage en règle.

Mais ils ne pourront se maintenir, Henri 4 tient à sa ville frontière, va en faire le siège en personne pendant 6 mois et la reconquérir pour ne plus la perdre, remportant à cette occasion une de ses plus célèbres victoires .

Jugeant cependant que la défense de la place avait été insuffisante de la part de la commune, il va inaugurer une centralisation royale et le pouvoir municipal va perdre de son indépendance.

Il décide de la construction de la citadelle à son emplacement actuel, construite à la fois pour se défendre contre les ennemis extérieurs mais aussi pour prévenir tout soulèvement intérieur. Désormais les amiénois auront cette présence imposante au dessus de leur tête…

Mais il va créer aussi quelque chose de plus populaire chez les Amienois laborieux et commerçants , une «  commission du rétablissement du commerce et des manufactures dans le royaume »  afin de relancer l’économie ruinée par quasi 50 ans de guerre civile et frontalière. Le commerce redémarre et les amiénois en seront reconnaissants à Henri 4 qui restera aimé  dans cette ville. Ils seront consternés par son assassinat par Ravaillac en 1610.

Profitant des terres récupérées sur la Flandre espagnole, et des largesses post conflit d’Henri 4, les hortillons semblent tenter de s’affranchir de la tutelle de l’église pour récupérer les terres en direct ou au  moins au profit  de  l’échevinage. Mais l’église fera valoir ses droits pour récupérer son bien ( voir plus avant en 1668)

1610 a 1617

Le hasard et les intrigues suite à la  mort de Henri 4 font que Concini, favori funeste de la reine mère qui assure la gérance du royaume pendant la minorité de louis 13, hérite du titre de marquis d’Ancre (Albert) et ai en responsabilité de tenir la forteresse d’Amiens de par un maréchalat extrorqué car il n’avait jamais combattu.  Il en usera plutôt pour son bénéfice propre que pour le bien des habitants. Louis 13 mettra fin à ses intrigues en le faisant assassiner en 1617 ce qui réjouit fort la population. Ancre deviendra Albert par décret royal.

1617 -1643

Le règne effectif de Louis 13 aide par son surintendant le cardinal de Richelieu fut pour Amiens une période de relative  paix et prospérité mais aussi de commencement du déplacement de la frontière Nord à Arras conquise en fin de règne sur les espagnols. Mais celle ci demeura sous la tutelle d’Amiens qui restait favorite du roi et sa prospérité économique restait intacte. La sayéterie continue son essor et le velours apparaît.

1643-1670

Début du long règne de louis 14, qui ne se terminera qu’en 1715.

Conquête intégrale  de l’Artois en 1659 : Amiens cesse d’être une ville frontière seulement à cette époque, ce qui aura une influence négative sur son importance stratégique, économique et politique.

Le pouvoir royal se renforce encore sur  le municipal.

En 1668 la peste refait son apparition et des dégâts humains considérables.

Un noble nommé « d’Amiens »  devient maire 600 ans après que sa famille l’ait eu en fief.

La sayèterie est réorganisée par Colbert et devient la locomotive de l’activité amiénoise avec le velours et toutes les industries dérivées, teinturerie, batellerie etc…

Le 15 février 1668, un procès en appel suite à une affaire qui datait de 1633 , est gagné par le chapitre d’Amiens contre les hortillons pour récupérer sa dîme dont ils avaient tendance à s’affranchir depuis 1597. Les hortillons sont condamnés à payer 12 ans de dîme ( factum disponible bibliothèque d’Amiens). Les noms de ces hortillons sont parvenus jusqu’à nous et nous les donnons en annexe.

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Le factum (Jugement) pour le Chapitre contre les hortillons

Ces documents permettent de travailler sur le sujet que les hortillonnages appartenaient bien ou non  aux autorités ecclésiastiques – Ici le chapitre –  les hortillons les ayant en exploitation en métayage. Nous y reviendrons dans des prochaines mise à jour.

1670-1769: de nouveaux progrès économiques et artistiques 

Cette période est calme pour Amiens, qui n’est plus ville frontière et rentre donc dans son rang de ville de France comme une autre. La fin du règne de Louis 14 et celui de Louis 15 est une période de progrès dans tous les domaines. Extension de l’industrie et du commerce, embellissements et améliorations. Beaucoup de lieux et de bâtiments datent de cette époque : la Hotoie, le port d’aval, le théâtre. La culture n’est pas en reste et beaucoup de sociétés littéraires, scientifiques se créent.

Amiens compte 40 000 habitants ce qui est très important, dans les limites intra-muros actuelles.

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Vue d’artiste d’Amiens en 1700
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Fronton du théâtre D’Amiens
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Façade du théâtre

1770-1800 Louis 16 et la révolution. 

Louis 16 règne et continue la gestion à la louis 15 mais en moins ferme, son manque de détermination permettra aux idées de la révolution d’émerger puis de le renverser. La monarchie constitutionnelle souhaitée par beaucoup en particulier par les Amienois ne résistera pas à ses hésitations.

Au début de la révolution,  après la famine de 1788, Amiens enverra son carnet de doléances le 18 février 1789 pour les états généraux à la rédaction de laquelle participent pour la première fois les hortillons…même si ceux ci sont dernier de la liste « des non corpores » cad dont le métier n’est pas identifié par une bannière comme nous l’avions écrit plus avant.

Auparavant, Amiens a continué  ses aménagements et parmi eux débute de construction en 1770  du canal de la Somme, en priorité Abbeville/Amiens. Il mettra très longtemps à se construire, vu son faible intérêt économique, et tous les travaux seront suspendus pendant la révolution.

Bien entendu la canalisation de la somme modifiera les hortillonnages, ses digues permettent un accès par la terre de certaines parcelles.

Ci-dessous un plan d’Amiens et des hortillonnages a la fin du siècle :

La révolution période 1789-1800 à Amiens sera comme partout faite de novation, mais aussi de bouleversements et d’excès, en particulier par la chasse aux institutions ecclésiastiques qui avaient de tous temps forgé son paysage et son âme. Elle sera cependant moins jusqu’au boutiste et la guillotine ne sera pas dressée en permanence comme cela a été le cas à Paris ou Arras. Le représentant de la convention André Dumont fut plus modéré que beaucoup de ses collègues en France.

Pour ce qui concerne les hortillonnages, les terres de l’église (donc les hortillonnages) ont été vendues comme bien national ou récupérées sans autre forme de procès (encore à démontrer) par les hortillons eux mêmes, qui émergent à cette époque seulement comme métier indépendant identifié. Désormais ils vont cultiver pour leur compte et exister, mais pas de regroupement sous bannière professionnelle (Voir plus haut leur pparticipation ensemble aux carnets de doléances pour les états généraux) 

Un mémoire de la société des antiquaires de Picardie donne en 1917 des éléments sur la tenue traditionnelle de l’hortillon au milieu et fin de ce 18me siècle, telle que nous la reproduisons ci dessous :

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Les députés d’Amiens ne voteront pas majoritairement la mort du roi à la convention. Profondément attachée à la religion catholique et au royalisme,  Amiens approuvera bien vite thermidor et la mort de Robespierre,  sortira groggy de la révolution dont les excès y ont été cependant moins aigus qu’ailleurs.

En 1795 conséquence des désordres économiques de la révolution, Amiens connaîtra une des plus grandes famines de son histoire, qui dégoute un peu plus de la révolution.

Amiens n’en peut plus de ce désordre et c’est donc réjouie qu’elle accueillera, à défaut de restauration, le consulat qui représentait pour elle une promesse de reprise des affaires. La plupart des anciens dirigeants d’avant la terreur reviennent en poste. Le premier préfet de la Somme avait le nom de Quinette en 1800 et le maire d’Amiens De Bray, ils remettent en marche les institutions financières et juridiques. Pour la première fois depuis 10 ans, on s’amuse à nouveau à Amiens et on se prend à espérer de l’avenir. Et on retrouve le plein exercice de sa religion catholique avec la signature du concordat, sans retour des biens mutés à la révolution : les hortillons gardent leur bien….

1800, Environ

Renforcement de la route de la voirie et transformation en  digue. Longue de 3 km entre Amiens port et la « borne de Camon », elle participe dans le cadre des travaux du canal se Somme à canaliser les eaux de l’Avre et de la somme afin d’en augmenter le débit dans le cours principal et permettra d’accéder partiellement aux hortillonnages par voie de terre.

Une porte fut ouverte dans les remparts à cette occasion, la porte de la voierie . Ci-dessous, dessins des frères DUTHOIT, Bibliothèque municipale d’Amiens)

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Cette digue c’est actuellement l’avenue de Verdun. C’était au 19eme un lieu de promenade intense, avec ses bistrots et ses guinguettes et au bout celle du pré Porus toujours en activité.

Depuis la borne (Ci-dessous) située à LaNeuvilette,  on rejoignait Camon en barque avant que le pont actuel en fer fin 19eme ne permette d’y accéder en voiture.

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La borne de Camon en bout de la digue de la voirie.

 

Ci-dessus le port du Don au 19eme siècle, avec encore  le quartier des Bondes qui a précédé l’aménagement de la place Parmentier, et le chantier naval des marissons (gravure anglaise) qui construisait les barques à cornets.

1802 :

Signature à Amiens par Joseph Bonaparte et le plénipotentiaire anglais de la paix entre la France et l’Angleterre. Cette paix (qui ne durera pas plus d’un an..),  dite paix d’Amiens, crée une véritable euphorie dans la population qui se revoit reprendre son commerce ancestral avec l’anglais. C’est avec zèle que les électeurs d’Amiens apporteront leurs voix à Bonaparte pour son projet de consulat de 10 ans….. et c’est même avec enthousiasme délirant qu’il sera reçu dans la ville, ce jeune Corse de 34 ans qui a tous les pouvoirs et que tout le monde est curieux de contempler, en juin 1803 lors du projet de débarquement en Angleterre. La paix d’Amiens n’a vraiment pas duré longtemps. On sait ce qu’il adviendra du camp de Boulogne sur mer ou étaient concentrées les troupes, l’objectif change brutalement, on va marcher jusque Austerlitz et  la victoire qui ouvrira toute grande ouverte la porte à l’Empire…

Epoque moderne
La somme endiguée, le chemin de halage, la voie de chemin de fer : une autre histoire commence et correspond au 2eme déclin des hortillonnages.

1805 -1830

Les bonnes années de début d’Empire signent le développement des affaires, mais la conscription de plus en plus mal vécue et le poids de la guerre ruinent à nouveau le commerce et rendent impopulaires de plus en plus le régime.  Les revers bientôt s’accumulent et Amiens va connaître à nouveau des invasions à quelques distances de ses murailles : Doullens  et Montdidier sont envahis par les cosaques, mais Paris sera prise et la restauration instituée avec Louis 18 avant qu’elle ne se soit envahie.

La restauration (1815) des bourbons est bien vue par les Amienois qui portent autant de zèle à la soutenir qu’ils l’avaient fait pour le consulat en 1802.. La période des 100 jours avec le retour de Napoléon en 1815 leur verra prendre une prudente neutralité entre les 2 parties royalistes et bonapartistes, mais majoritairement aux côtés du roi ils verront avec satisfaction cette aventure se casser rapidement  les dents par le désastre de Waterloo : les affaires peuvent reprendre.

Des 1816, paix rime avec développement et particulièrement de l’industrie textile qui occupe une grande partie des habitants de la ville et de la campagne alentour. Métiers à tisser la laine ou le coton,   velours, mais aussi toutes les activités annexes : teinturiers, apprêteurs, commerçants exportateurs. La ville change aussi beaucoup et notre ville aura son baron haussmann avant l’heure : Auguste Cheussey, qui fera les schémas directeurs  d’aménagement des nouveaux quartiers, en particulier au sud . On commence à détruire les remparts devenus inutiles pour une protection efficace (en 1830, sous Charles 10, cette démolition sera pratiquement achevée et les boulevards créés). On installe des réverbères, on distribue l’eau potable, on aménage les hôpitaux et développe les écoles , en bref Amiens bénéficie des progrès du début du 19eme siècle que permettent les nouvelles inventions du temps (la machine à vapeur en particulier) Et on relance les travaux du canal de Somme qui avaient été interrompus par la révolution.

1825-1830

L’inauguration du canal de la somme sera faite en 2 fois sur 2 ans. Charles 10 l’ inaugurera une 2eme fois en 1827 lors d’un passage à Amiens mais la cérémonie principale avait eu lieu en 1825 lors le la cérémonie d’ouverture de l’écluse d’aval par la duchesse de Berry. Celle-ci navigua sur  la  même embarcation  que Belu , ingénieur en chef de l’ouvrage.

Les hortillons étaient présents en nombre sur l’île du Pré Porus, leurs barques chargées de leur production. Ce canal modifiera profondément la physionomie des hortillonnages en les coupant en 2 mais aussi en permettant l’accès à certaines parcelles par les digues. Le niveau d’eau  général deviendra  aussi plus facile à régler.

La réaction trop légitimiste de Charles 10 alors que les gens sont acquis aux progrès de la révolution entraîne un soulèvement populaire et il est renversé en juillet 1830 au profit de Louis Philippe. C’est parti pour la « monarchie de juillet ».

1830 -1848

Amiens adopte facilement et vite la  branche Orléans des Bourbons et sera encline à profiter économiquement de cette période faste plutôt que de céder aux embrouilles parisiennes entre légitimistes, orléanistes et bonapartistes.. la prudence est le maître mot de la municipalité qui tente de rester en dehors des querelles politiques .

C’est la confirmation du boum économique, mais aussi l’éclosion des premiers journalistes d’opinion et des journaux périodiques. Sous l’impulsion d’un amiénois, Victor de Nouvion, les journalistes de plus de 20 villes de fédèrent pour mettre leurs informations en commun. C’est une époque de grande agitation pamphlétaire.

La plus grande révolution n’est donc pas politique car on joue la prudence à Amiens, mais va venir des transports : le train arrive et met Amiens à 4h30 « seulement » de Paris.

Ce « chemin de fer »  empiète son tracé largement sur les hortillonnages avec cette ligne Paris Lille (La ligne Paris Boulogne sera inaugurée elle en 1848, celle avec Rouen en 1867). Outre une réduction drastique de leur surface, ce chemin de fer entraine l’importation plus facile jusqu’au centre de la ville de produits maraichers venus d’ailleurs. Les Hortillonnages connaissent un deuxième vrai déclin. Les hortillons seront désormais confrontés à la concurrence.

1848-1870

En 1848, le passage d’Amiens à la 2eme République se fera sans douleur sinon que la garde nationale prêtera héroïquement aux Parisiens son concours pour réprimer des manifestations à caractère gauchiste. Toujours le minimum de vagues voulu par les amiénois….

Un Bonaparte est élu président….

La 2eme République ne va donc pas durer…. et Louis Napoléon Bonaparte se transforme bientôt en empereur en 1852.

Comme à son habitude, Amiens choisit le sens du vent, de la légitimité du moment,  et va fêter dignement et avec zèle le nouvel empereur lors de  sa visite en 1853.

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L’empire se rend populaire, les progrès technologiques vont bon train et augmentent la qualité de vie de toutes les classes sociales. En fait, l’empire n’y est pour rien en tant que système de pouvoir, mais la 2ème partie du 19eme siècle correspond à un développement général des biens et de personnes.

Cela allait être l’époque d’amélioration des logements ouvriers, de l’extension de la ville, l’hôtel de ville est agrandi, le futur musée Napoléon (devenu de Picardie depuis) est créé.

À cette prospérité économique en début de règne, suit une période d’incertitude due à une politique impériale voulue de libre échange surtout avec l’Angleterre : les manufactures ne peuvent que constater leur retard d’équipements et leur impossibilité de résister à la concurrence. : par 2 fois les dates effectives de baisse des tarifs douaniers sont repoussés, mais les industriels devront bien constater que c’est une réforme dans l’air du temps et qu’il faut s’adapter. Ils le feront.

L’usure du pouvoir habituelle et le développement des quotidiens d’opinion feront que l’opposition républicaine prend de l’importance et ébranle le régime en place. Cependant, un plébiscite à la question ambiguë début 1870 auquel Amiens dit oui semble prolonger la vie de l’empire quand la guerre s’annonce à nos portes.

L’invention de la photographie va être importante pour notre sujet : Les premières photos d’Amiens datent de 1860 mais le véritable usage courant de 1876 : Les hortillonnages apparaissent a tous, nous donnant les témoignages visuels que nous trouvons encore aujourd’hui. Toute la vie des hortillons, les barques, les costumes seront immortalisés et ne changeront guère jusque milieu 20eme siècle.

1870-1880

Depuis longtemps Bismarck le chancelier « allemand » cherchait à fédérer le morcellement de l’Allemagne autour de la Prusse et créer un empire capable de rivaliser avec la France et l’Angleterre. Sa déjà importante puissance industrielle craquait dans des frontières trop petites. Elle n’avait pas de colonie. Pour fédérer à l’intérieur, il faut se trouver un ennemi extérieur. Et l’ appétence sur  l’Alsace française bien tentante car de dialecte allemand  allait lui donner son excuse pour fédérer le peuple germain autour d’une bonne guerre extérieure.

Bismarck cherchait donc la guerre et il la fit. En 1870 il envahit la France sous un prétexte futile dite dépêche de EM et enfonce les lignes françaises mal préparées. Napoléon 3 qui se prend pour meilleur militaire qu’il n’est se fait encercler et se fait faire prisonnier à Sedan le 2 septembre. La route de Paris est ouverte aux prussiens.

Mais Gambetta refuse la capitulation de Paris. Il organise la défense et s’envole en ballon au dessus des lignes ennemies pour aller fédérer l’armée du centre…qui attend des ordres du gouvernement.

Vents contraires quand tu nous tiens…il atterrit entre Clermont et Montdidier et rejoint bien vite Amiens …

Après avoir pris contact avec l’armée du Nord du général Faidherbe pour suites à donner, il rejoint l’armée du centre par le train via Rouen.

Cette armée du centre ne fera rien jusqu’à l’armistice calamiteux. Par contre l’armée du Nord fut la seule qui opposa jusqu’au bout une résistance héroïque à l’envahisseur. La bataille de Dury le 27 novembre 1870 retarda la prise d’Amiens mais ordre fut donné d’évacuer le 28 pour éviter sa destruction inutile . Le prussien envahit alors la ville et l’occupe durement jusqu’à l’armistice. Faidherbe mène des combats de ligne courageux à Pont Noyelles et Saint Quentin mais la capitulation de Paris et l’armistice rendent inutiles toute résistance. La guerre est perdue, les prussiens évacuent Amiens mais vont devenir allemands et annexer l’Alsace Lorraine….donnant en soit la raison de la future première guerre du 20 éme siècle…

La paix revenue, Amiens reprend son expansion industrielle et intellectuelle. Les quartiers entre les mails et les boulevards extérieurs se couvrent de maison typiques, les paysans émigrent en masse en ville et abords, les industries se structurent autour des nouvelles possibilités dues à la machine à vapeur et à l’électricité et à la main d’oeuvre de masse. Petit clin d’œil à l’auteur, un grand constructeur de chaudières à vapeur est né à cette époque à Amiens.

La ville grandit, comptera 92000 habitants bientôt et la nouvelle classe ouvrière (et les hortillons) voit son confort amélioré en même temps que ses revendications grandissent. Les députés Jules Barni et René Goblet de gauche sont élus à l’Assemblée nationale. La mairie d’Amiens dont Paul Tellier sera détenteur avec comme adjoint Jules Verne à la charnière des siècles sera très sociale et tous les voyants sociaux économiques sont au vert.

Bien entendu l’activité économique des hortillons s’en ressent (encore largement plus  de 1000) et, malgré la concurrence extérieure, ils continuent à avoir une importance capitale dans le commerce local.

Mise au gabarit Freycinet du canal de somme. Malgré cela, le canal de Somme n’aura jamais un trafic marchand important. Sa principale fonction sera la livraison de charbon au port d’aval.

1882

Inauguration de la place Parmentier, construite sur l’ancien quartier ouvrier des bondes. Le marché sur l’eau est déplacé du port et de la rue du don sur cette place.

Ci-dessous photo avant la construction de la place Parmentier et après avec marché sur l’eau. On remarque le cornet des barques qui permettrait plus facilement de débarquer la marchandise sur les quais .

1906

Ci-dessous plan de la Ville en 1900 par ch. Pinsard

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Malgré les déclins, on compte encore 1000 hortillons, 1500 parcelles et de 600 à 1000 barques a cette date. 3 chantiers navals construisent et entretiennent les barques à fond plat « a cornet » du fait de la forme particulière de leur proue pour décharger plus facilement les produits au port du Don puis au quai Parmentier. Parmi les chantiers navals, il reste un bâtiment quartier Saint Leu transformé en restaurant, les Marrissons.

Ci-dessous, une barque a cornet, outil de travail central des hortillons,  ici en costumes traditionnels, actionnée à la perche (Photo 1900 colorisée) 

1914-1916-1918

La Somme est le lieu des sanglants affrontements que l’on connaît. Plus de 1200000 soldats seront tués ou blessés pendant cette bataille décidée par Foch pour soulager le front de Verdun. Sans doute a-t-elle rempli son but et la Somme a sauvé Verdun mais dans quelles souffrances.
Le fleuve Somme canalisé et ses barques à fond plat ont été utilisés pour évacuer des blessés pendant cette bataille depuis Corbie vers Abbeville puis l’Angleterre.

Epoque récente:  la transformation des hortillonnages en jardins d’agréments

1918-1945

Peu d’informations quantifiables sur cette période pour le moment, qui semble cependant correspondre à une certaine stabilité de la production. Mais il faut fouiller. 

Affluence en a amont du pont du Cange , la chaine vient d’être retirée et on se précipite pour s’amarrer aux quais intra-muros. 

1940-1944

1940 : Bombardement important d’Amiens par les Allemands. Une partie du centre-ville est détruit.

La pharmacie centrale place Gambetta en train de flamber en 1940

1944 : Bombardement important d’Amiens par les alliés. Une grande partie du centre-ville est détruit, en particulier tout ce qui se trouve dans l’axe de l’échangeur ferroviaire de Longueau. Il faudra chercher et dénombrer les dégâts causés aux hortillonnages.

1945

L’apparition de la mécanisation va porter un gros coup aux hortillonnages. Les nouvelles machines lourdes et encombrantes sont difficilement transportables en barques. Petit à petit, seules les aires périphériques sont cultivées et les aires traditionnelles transformées en jardins d’agrément.

1960

Ils ne restaient plus que 110 hortillons

1965

Fermeture du dernier chantier naval construisant des barques a cornets

1970

Ils ne restaient plus que 65 hortillons
Les barques à cornets ne sont plus guère utilisées pour l’acheminement des légumes au marché sur l’eau, définitivement supplantées par la camionnette.

1974

Création de l’association de sauvegarde des hortillonnages par Nisso Pelossof, photographe amiénois propriétaire d’une aire et qui se bat contre les pénétrantes routières prévues par la DDE.

Début d’une vraie organisation de sauvegarde des hortillonnages maraichers et de l’organisation des aires en tant que jardins de loisirs.

Cette association reste encore aujourd’hui la plus importante dans le tourisme Amiénois, hors cathédrale, avec plus de 100 000 embarquements par an.

2001

Inondation générale, due à la configuration particulière de la rivière Somme et en particulier de la saturation des nappes phréatiques qui composent l’essentiel de son cours, par des pluies surabondantes plusieurs années de suite. L’inondation par les parisiens qui auraient envoyé de l’eau pour protéger Paris de l’inondation est une légende qui a la vie dure. Voir annexes extrait du rapport national sur ces inondations.

2016

Création de l’association du musée des Hortillonnages après 7 ans de préparation par Thérèse et René NOWAK, un des 7 couples d’hortillons encore en activité.

Ce musée se caractérise par une présentation d’outils, de scénographies, de photos de l’époque 1850-1960. Le tout est cohérent, intéressant et unique en son genre.

Un tour en barque électrique permet une fois la visite faite d’ancrer dans la mémoire la visite de ce lieu chargé d’histoires.

Sur dossier de candidature initié et aiguillonne par Brigitte D’Hermy bénévole de l’association, le jardin a été aménagé en Octobre 2017 par l’équipe de talent de Silence ça pousse de Stéphane Marie qui a pu laisser cour a sa grande créativité.

2017

L’activité des hortillons se limite à 30 ha, les 270 restant étant à usage de loisirs ou certaines aires en friche.

Il reste 12 hortillons de 7 familles mais qui ont plutôt une activité en croissance du fait du regain d’intérêt des circuits courts et de la demande de qualité et bio.

Ils alimentent la grande distribution mais surtout le marché sur l’eau traditionnelle du quai Parmentier le samedi matin. Par contre ils exploitent en majorité des aires situées en périphérie, seul le couple Nowak ayant quelques parcelles encore uniquement accessibles en barque

Conclusion

Il est probable que les hortillonnages en tant que tel ont été façonnés par l’homme en fonction des modifications du régime hydraulique de la Somme, leur fleuve porteur

1/ Quand ? On peut donc penser que ce soit l’édification de moulins sur son cours qui ont été à l’origine de leur création, donc 12ème et tout début 13eme siècle.  

2/Comment ? Par le creusement manuel de « rieux » et de « fossés » et l’accumulation de la vase ainsi extraite sur les » aires » ainsi délimitées pour en rehausser le niveau et les rendre cultivables.

L’originalité par rapport a d’autres assèchements de marais vient du fait que les rieux sont rendus navigables pour rejoindre le fleuve Somme et l’important commerce que celui-ci permettait.

2/ Par qui ? Comme le fleuve et probablement les terres en bordure appartenaient à l’église sous ses différentes formes (Evêché, chapitre, abbayes), c’est donc coordonnées par Elle que sont apparues ces terres gagnées sur l’eau (après avoir été perdues par l’eau…), l’exploitation  étant confiée a des métayers ou fermier. On trouve par exemple dans les archives une propriété attestée d’hortillonnages par l’abbaye de Saint Acheul (crédit musée des hortillonnages) et d’autres de l’évêché et du chapitre par le Factum (sentence) de 1668 conservée à la bibliothèque d’Amiens.  En fait chaque institution ecclésiastique en avait certainement une partie. 

Les hortillons étaient en fait métayers  de l’église jusqu’à la révolution ce qui fait que l’on en trouve pas de traces avant en tant que corporation, au contraire des waidiers, autres agriculteurs et commerçants, qui ont eu dès le départ une bannière à part entière,  car ils exploitaient en direct leur terre sur les plateaux.

L’émancipation  des hortillons en tant que profession libre date de la révolution, mais la taille de leurs entreprises, leur farouche individualisme ont fait que aucune bannière corporative n’existait. Il semble qu’il y ait eu des associations informelles mais pas structurées.

Cet article est en constante évolution pour compléter ou rectifier les erreurs ou omissions éventuelles,

Ecrit par Richard Rambaud, initialement en Novembre 2017

Dernière mise a jour le 20/01/2018

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Annexe 1: Etude sur le fleuve Somme et ses spécificités

Il n’est pas possible de comprendre le phénomène des hortillonnages sans entrer dans les particularités de leur fleuve porteur, la Somme.

Un fleuve ? Sur le papier oui car il se jette directement dans la mer. 

Mais un débit de rivière, et encore.

Voici donc la vérité sur le « fleuve » Somme , tel qu’extraite d’études hydrauliques très pointues faites par les organismes officiels suite à l’inondation de 2001.

La Somme a une source officielle à FONSOMME (Aisne) au nord-est de Saint Quentin, à une hauteur de seulement 86 m au-dessus du niveau de la mer alors qu’elle a 245 km à parcourir pour se jeter dans la mer à Saint Valery.

Elle n’a pas un « cours » clair comme les autres fleuves que l’on connaît.

En effet, vue son étendue, sa source initiale serait incapable d’alimenter son cours.
Elle s’alimente en vérité de l’émergence des eaux souterraines qui s’infiltrent dans le plateau crayeux fissuré. À quelques dizaines de mètres sous la surface du plateau, l’eau est arrêtée par une couche marneuse imperméable. L’eau imbibe toute la partie inférieure de la couche crayeuse y constituant une nappe libre qui s’écoule transversalement, d’une fissure à l’autre, en direction des vallées.

L’eau sort là où la craie est la plus fissurée, là où le plateau est entaillé par la vallée, y forme des étangs alimentés par le fond, divisés le plus souvent par des bandes de terres.
L’eau de la Somme vient presque entièrement de ces eaux souterraines de la nappe libre de la craie.

L’apport direct par ruissellement à la surface du sol est infime en raison des faibles pentes du bassin versant, de la perméabilité du sol limoneux et du sous-sol crayeux et de la rareté des précipitations intenses.

Aux époques glaciaires, l’intensité du creusement était considérable, mais il y a environ 10 000 ans, avec le réchauffement du climat, le fleuve tumultueux a laissé la place à de vastes marécages. Les tourbes ont recouvert en partie un relief hérité des grands froids.
La Somme se trouve aujourd’hui dans une vallée large et profonde (de 0,5 à 1 km de large et jusqu’à 75 m de dénivelé), qui apparaît démesurée par rapport au débit actuel du fleuve (débit moyen de 8m3/s).

Avec le développement de gués, de la pisciculture et de l’énergie hydraulique à l’époque gallo-romaine, puis de chaussées barrages au Moyen Âge, l’homme modifie le régime du fleuve.

Il semblerait que le fleuve ait été rendu navigable entre Corbie et Saint Valery avec l’aide de ces travaux humains. De sa source à Corbie, il n’était pas navigable avant la canalisation.

En 1770 (sous Louis 16), début de construction du canal de la Somme, en priorité Abbeville/Amiens. Il mettra très longtemps à se construire, vu son faible intérêt économique. L’œuvre de canalisation est considérable et donne enfin un « cours » » clair entre Corbie et Saint Valery. En 1827, Inauguration du canal de la somme par Charles 10, en tout cas entre Corbie et Saint Valery. La portion Corbie Saint Quentin, de moindre importance économique, ne sera terminée qu’en 1843. Sous le règne de Louis Philippe donc.

L’inondation générale de 2001, due à cette configuration particulière de la rivière Somme, et en particulier de la saturation des nappes phréatiques qui composent l’essentiel de son cours, s’explique  par des pluies surabondantes plusieurs années de suite. L’inondation par les parisiens qui auraient envoyé de l’eau pour protéger Paris de l’inondation est une légende qui a la vie dure.

Le rapport national sur ces inondations dont est extrait cet article confirme cette thèse, de façon indiscutable.

 

Annexe 2 : Analyse du premier plan connu des hortillonnages : celui de 1542 et développement de l’hypothèse sur la date probable de création des hortillonnages 

Il a été établi par Zacharie de Selers, architecte et ingénieur de la ville d’Amiens, sous le règne de François premier. En réalité, il accompagnait un « procès-verbal de visite du cours de la Somme» de François de Saisseval, avocat et conseiller à Amiens, bailli du temporel du chapitre de la cathédrale.

La lecture de ce rapport de visite est délicieuse dans la mesure où il recommande déjà de curer et de faucarder la rivière car elle est en état difficilement navigable !

Ce même rapport parle clairement « d’iles », ce qui suppose que celles-ci coexistaient avec les hortillonnages comme on le voit d’ailleurs sur le plan. Les anciens marais n’étaient donc pas plats et comportaient des différences de niveau, dessinant les iles et les bras en fonction des crues.

Il est explicite dans la mesure où, pour la première fois, on y voit des iles, des rieux, des fossés, la somme et ses multiples bras, le pont du Cange, le port du Don, la « queue de vache », mais aussi et surtout les différents bras traversant la ville, chacun alimentant au moins un moulin (ou chaussée barrage) dont ceux du passe-avant et du passe arrière visibles encore à l’heure actuelle.

Les moulins: premières installations attestées en 1090 (Comte de Ponthieu) 
Comme on le dit dans le texte chronologique, les moulins ont eu nécessairement une influence sur le niveau d’eau en amont d’Amiens, sur le site des hortillonnages.

Ci-dessous moulins de la Rue Saint leu avec leur différence de niveau amont/aval. Ils existent encore aujourd’hui, reconstruits à la Renaissance 16eme mais au même endroit que les moulins originaux du 12eme

Les moulins nécessitent des barrages : Ils ont noyé certaine iles et abords qui étaient déjà au ras de l’eau, augmenté le niveau des bras, rendu possible la navigation avec de plus grands tirants d’eau et donc de plus grandes charges.

Il semble bien que cette élévation de l’eau ait invité les hommes « naturellement » à y creuser rieux et fossés, entasser la terre fertile extraite sur les aires.

C’est donc le début des hortillonnages au sens où nous l’avons défini en page 2.

Sur quelle distance en amotnt d’Amiens l’influence de l’augmentation du niveau a joué ?

La carte orographique suivante fournit une explication. 

Cette carte est celle des « courbes de niveaux » du bassin de la somme autour d’Amiens au 17eme siècle, mais évidemment il n’a pas changé brutalement.

On y voit distinctement que le niveau est identique entre Amiens et…aux environs du pré Porus actuel.

Nécessairement, si on monte le seuil d’eau au centre-ville par des chaussées-barrages et des barrages de moulins, le niveau monte d’autant sur toute cette surface à équi-niveau, sur plusieurs km, faisant rejoindre plus haut qu’avant les cours de la Somme et de l’Avre.
En conséquence, la modification notable du contour des iles et la montée des eaux aux abords ont entrainé un re façonnage nécessaire de toute cette partie et un besoin d’aménagement pour reconquérir des terres et profiter du nouveau confort de la meilleure navigabilité de la somme jusqu’au port du Don.

Le port du Don, désormais assuré d’un niveau minimum, est devenu le haut lieu de la vente des produits des hortillons et de débarquement de ceux des waidiers.

Cette hypothèse est étayée par son contraire :

On relève des traces aux archives courant 16eme de conflits nombreux entre les utilisateurs de moulins et les hortillons :

• Les premiers voulaient utiliser le maximum de l’eau disponible au détriment du niveau parfois
• Les autres voulaient plus de niveau d’eau pour exploiter leurs aires…

Donc si les moulins faisaient baisser le niveau, c’est qu’ils l’ont fait monter à leur création et sont donc à l’origine de la création des hortillonnages… c’est un fait technique difficilement contestable.

 

Annexe 3 : Les noms du Vieil Amiens (en cours de compléments) 

. Logiquement, le quartier Saint Leu adopte pour certaines de ses rues le métier des artisans qui y travaillaient : rue basse des tanneurs, des teinturiers…tous ces métiers avaient besoin d’eau et étaient donc en bord de Somme. Dans l’ordre des nuisances amont vers aval.. Ci-dessous un dessin des frères DUTHOIT sur ce quartier au milieu du 19eme siècle, avant la destruction du quartier des bondes a gauche qui sera remplacé par le quai Parmentier. A droite le quai Belu ex quai de la queue de vache.

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. Le pont de la Dodane rappelle le nom d’ une fortification qui se trouvait à proximité.

. Le quai Bélu porte le nom de l’ingénieur des ponts et chaussées qui fût entre autres chargé de la canalisation de la Somme traversant Amiens et qui inaugura celui-ci en 1825 avec la duchesse de Berry.

. Le pont du Cange est baptisé du nom du maire d’Amiens qui le construit en 1344. Mais du Cange est aussi le nom d’un célèbre linguiste (et notaire à Amiens ) sous Louis 14. Ses œuvres font référence sur le passage du latin au français. Ci-dessous le pont fin du 10eme siècle et vers 1450 (dessin des frères Duthoit)

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. Le Boulevard de Beauville en honneur du mécène qui a permis son financement après la guerre de 1870.

. Le Quai Parmentier bien sur en hommage à l’introducteur de la pomme de terre en France, cultivée pour la première fois en Picardie.

 

Annexe 4 : Les célébrités d’Amiens  de rayonnement national et international (en cours de compléments) 

. Bien sur Jules Verne, le célèbre écrivain, qui certes est né à Nantes mais s’est marié avec une Amiénoise et y a vécu sa deuxième partie de vie. Il y a fait partie du conseil municipal à la charnière des 19eme et 20eme siècle. La maison de Jules Verne située sur la rue du même nom est désormais un musée qui lui est destiné et est tout a fait remarquable car il nous en dit beaucoup sur la vie et l’œuvre de l’auteur. Non loin le cirque Jules Verne dont il a supervisé la construction sous son mandat est une réalisation tout à fait remarquable de « cirque d’hiver » qui est en parfait état aujourd’hui et est une salle de spectacle active d’Amiens.

. Notre actuel président de la République, Emmanuel Macron, et sa femme Brigitte Trogneux, nés à Amiens, leurs parents d’Amiens (Père de lui professeur de médecine au CHU, père d’Elle célèbre confiseur du centre ville dont la famille a inventé le macaron !)

. Dans un  tout autre genre, Michou né Georges Alfred CATTY, qui tient le célèbre cabaret du même nom à Montmartre.

. Jean -Pierre Pernaut, présentateur à TF1.

. Laurent Delahousse, présentateur a France 2

. Henri Sannier, ex présentateur à France 3

. Thierry Adam, journaliste sportif à France télévisions qui a commencé sa carrière au Courrier Picard.